Yi Bai Shuǐmò

Yi Bai Shuǐmò 一白水墨

Né dans la région de Yangzhou, pays d’eau et de filets ; atelier à Nankin. Vingt-cinq ans de lavis d’encre pour n’en garder que trois éléments — une ligne, un noir, un blanc — et une seule discipline : la répétition.

Yi Bai, portrait en noir et blanc : bras croisés, le regard porté hors du cadre

« Dès le premier jour où j’ai approché le lavis d’encre, j’ai juré de devenir un peintre différent des autres. Car l’art est liberté, et l’art existe justement par sa nature créatrice. »

Yi Bai a commencé par copier la peinture de paysage traditionnelle, puis l’a quittée pour aller peindre dehors ; il lui a fallu des années pour désapprendre. Les matériaux sont restés ceux de la tradition — pinceau, encre de pin, papier de riz —, la technique non : le lavis n’est plus qu’un support matériel pour une pensée, celle du Chan, qui commande de rompre les règles et de faire confiance à l’intuition de l’instant.

Deux découvertes tiennent le travail. Le « noir », né d’un manque de papier pendant le confinement. La ligne, héritée des filets de pêche — série qui s’est débarrassée de l’eau, des reflets, de la barque, puis de l’encre elle-même. Depuis 2025, certaines œuvres ne sont plus faites que de droites croisées, par milliers, jusqu’à 124 × 124 cm.

Ce qui a été abandonné

Le lavis l’encre projetée les frottements de chanvre les frottements de hache la couleur la perspective dispersée la barque du lettré la réserve rituelle en bas à droite les modèles anciens les théories l’ordre des étapes

« J’ai éliminé toutes les méthodes classiques de frottement, de hachure, de pointillé et de lavis, pour ne conserver que le trait — rien que des lignes droites. »

La soustraction n’appauvrit pas : elle est la condition d’un langage propre. « Oser se débarrasser des idées et des techniques des anciens et des contemporains, pour enfin se trouver soi-même. »

Mille caractères pour une tache

Pendant le confinement, à court de papier d’exercice, Yi Bai recopie sur du papier de riz — plus précieux — le Classique des mille caractères en cursive de Huai Su. Pour économiser la feuille : encre claire, recto verso, à l’envers, couche sur couche. La feuille blanche finit noire.

Le procédé devient une technique. Un « noir » de quelques centimètres carrés peut demander une copie intégrale du texte ; au toucher, la surface est granuleuse, en relief, et aucun caractère n’est lisible.

« Bien que j’aie écrit une multitude de caractères, aucune trace de l’écriture n’est visible. Cela élève la démarche au niveau philosophique : l’art atteint la hauteur de l’inutilité. »

Détail macroscopique d’une zone noire : grain, relief, superpositions d’encre
Le grain d’un « noir ». Ce que le regardeur voit : une masse. Ce qui s’y trouve : des heures d’écriture recouverte.

Repères

Nom d’artiste
Yi Bai 一白 — Qian Chuanbing
Naissance
Yangzhou, province du Jiangsu (Chine)
Atelier
Nankin, province du Jiangsu
Formation
Master des arts, Université normale de Nankin
Sociétaire
Association des artistes chinois, Chine
Association des artistes du Jiangsu, Chine
Association Yang Zi, France
Collection publique
Galerie d’art de la province du Jiangsu, Nankin — Montagne et Eau, acquise en 2006
Distinction
Montagne et Eau, œuvre primée à la 3e Exposition de peinture chinoise de la province du Jiangsu, décembre 2006
Publications
« La Beauté des beautés sous la dynastie Tang », essai, revue Culture du Sud-Ouest n° 12, 2002
Rizières en automne, reproduction, revue Art Observation n° 11, 2008
Support
Papier de riz (xuan). Pour les reports, le « chanyi » — fin comme une aile de cigale.
Encre
Encre de pin, diluée. Presque jamais utilisée pure.
Outil
Pinceau chinois, dont le pinceau à contour pour les traits fins. Crayon pour les relevés sur le motif.
Couleur
Aucune. Noir, gris, blanc — et le rouge du sceau.
Formats
De 18 × 18 cm à 140 × 160 cm.
Durée
De dix minutes, très rarement, à plusieurs semaines de travail quotidien.

Chronologie

  1. vers 2000

    Premier contact avec le lavis d’encre, après des années passées à copier la peinture de paysage traditionnelle.

  2. mars 2010

    Cracovie. Devant l’église où repose Jean-Paul II, la première œuvre d’après nature où le cœur et la main s’accordent enfin. « À partir de ce jour, mon pinceau a pris vie. »

  3. vers 2010

    Première œuvre Filet de pêche : bambous penchés, une barque, des reflets. La série qui deviendra le langage.

  4. 2016 — 2018

    Séjours prolongés dans le Hunan, terre natale de son épouse. Des dizaines d’œuvres peintes chaque semaine sur le motif.

  5. 2020

    Proportion, 140 × 160 cm, et la série Rien. L’encre projetée cohabite encore avec la ligne.

  6. 2020 — 2022

    Confinement. À court de papier d’exercice, il recopie le Classique des mille caractères de Huai Su sur du papier de riz, encore et encore, jusqu’à obtenir un noir texturé. Le « noir » entre dans l’œuvre. Il commence à peindre le corps de son épouse.

  7. 2024 — 2025

    Les paysages noirs. Sur le motif, ne relever que ce qui est assez noir ; tout le reste disparaît.

  8. mai 2025

    Abandon de toute tache d’encre. Il ne reste que la droite, parallèle, croisée, répétée.

  9. avril 2026

    Invité par la municipalité de Saint-Mathurin-sur-Loire, il peint la Loire depuis La Ménitre pendant un mois : exposition personnelle « Encres de Loire », d’avril à juin. Puis l’Atlantique à Batz-sur-Mer, où il expose jusqu’à la mi-septembre.

  10. 2026

    Attendre, 124 × 124 cm : le plus grand format réalisé uniquement au trait.

2006 — 2026

Le peintre a écrit seize textes sur sa propre pratique.

Genèse d’une œuvre, naissance d’un noir, réflexions sur le Chan, un mois de peinture sur la Loire.

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