Yi Bai Shuǐmò

Naissance d’une œuvre filet de pêche

一幅渔网作品的诞生

Deux sources ont présidé à la naissance de mes œuvres sur le thème du filet de pêche. La première se trouve dans la peinture ancienne, notamment les paysages chinois, où apparaissent parfois des engins de pêche en réseau, semblables à des filets ou des nasses fixes, servant généralement d’éléments décoratifs dans les scènes de l’eau du Jiangnan. La seconde tient à la présence physique réelle des filets dans les petites rivières de mon pays natal, une région aquatique de Yangzhou. Les souvenirs d’enfance ont nourri cette émotion et suscité en moi l’envie de créer des œuvres sur le filet de pêche.

Au début de ma création, ma manière de peindre était presque réaliste. J’ai ensuite compris que je ne devais pas procéder ainsi. D’abord, la reproduction réaliste n’a pas de sens, car la photographie peut la remplacer. Ensuite, une œuvre aboutie doit prendre ses distances avec la réalité naturelle, tant par la forme que par les propriétés physiques des choses ; sinon, peindre deviendrait inutile.

Je ne me souviens plus exactement comment est apparu ce langage des lignes droites parallèles et croisées, mais je garde le souvenir précis de ma recherche d’un effet de superpositions successives. Ce langage porte sans doute, dans mon inconscient, l’influence de la gravure sur cuivre occidentale, même si je refuse obstinément de le reconnaître. Peu importe. Ce qui m’a vivement attiré, c’est le reflet des paysages sur l’eau calme : ce reflet à la fois transparent et solide a été la motivation première de ma création sur le filet. Le dispositif de lignes droites parallèles et croisées, répétées, en est alors apparu naturellement.

C’est ainsi que la petite barque a fait son entrée dans le tableau, pour trois raisons. Premièrement, la barque est un motif essentiel et très fréquent dans la peinture de paysage traditionnelle. Deuxièmement, dans mon pays natal, c’était un moyen de transport très courant, avant la généralisation des routes et des chemins de fer. Troisièmement, même si elle n’est qu’un élément décoratif dans la peinture classique, la barque revêt une signification profonde. Objet chargé de symbolisme, presque sacré, elle incarne à la fois la sensibilité des lettrés, la connotation religieuse, le moyen de transport, la disgrâce des fonctionnaires exilés, la retraite pêcheuse sur les rivières et la liberté insouciante.

Dans mes œuvres filet, la barque doit d’abord sa forme à celles que l’on trouve dans les tableaux de Wu Zhen de la dynastie Yuan. Peu à peu, j’ai transformé sa silhouette : elle a acquis de la perspective, un caractère plus décoratif, et je la dessine autant que possible avec des lignes droites, en harmonie avec celles du filet. Par ailleurs, les bambous, les lignes croisées du réseau et les structures de la barque sont tous tracés en lignes droites.

Rien n° 14 — Encre sur papier
Rien n° 14 NOTHING—14 2020 · 33 × 33 cm · Encre sur papier

Vient ensuite le traitement des reflets. Tout en haut du tableau figurent les reflets de montagnes lointaines, issus d’un mélange entre les sommets de la peinture traditionnelle et ceux de la réalité. Les reflets des bambous et de la barque sont exécutés par des lignes en écho, tandis que les surfaces de reflet du filet sont remplies d’un lavis uniforme d’encre claire.

Pour finir, je voudrais évoquer la conception fondamentale de ma création autour du filet. J’ai toujours pensé que la règle suprême de la peinture est que plus le langage est simple, plus il porte de saveur : lignes droites, absence de couleurs, sujet épuré, encre claire. La rencontre de ces éléments simples et répétés sur le papier de riz blanc dégage une sérénité naïve et naturelle ; c’est là le but que je poursuis.

Yi Bai · 13 février 2026

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