Chronique · Manifeste
Les attentes de la création
创作的期望
Shao Yong, penseur de la dynastie des Song du Nord, a élaboré une méthode pour contempler le monde et appréhender la vérité : observer les choses par les choses elles-mêmes. Cela consiste à se débarrasser de la position subjective et de l’identité du « moi », jusqu’à atteindre l’essence même des choses et parvenir à un état d’esprit sans pensée préconçue. Je considère que c’est là le niveau le plus sublime, semblable à celui du zen et du taoïsme !
Cela se relie à la poésie, notamment à l’ambiance des vers de Xie Lingyun : « Sur l’étang, poussent les herbes du printemps », ou encore de Wang Wei : « La lune claire brille à travers les pins ; une source pure coule sur les pierres ».
Cela s’accorde également à l’état d’esprit zen décrit par le maître Dōgen : « Au printemps, les fleurs s’épanouissent ; en été, les rossignols chantent ; en automne, la lune brille la nuit ; en hiver, la neige épaisse apporte le froid glacial ».
Tout d’abord, il faut pleinement comprendre que l’homme est aussi une chose. Considérer l’homme comme un être « doté de la plus belle essence et le plus spirituel » est une affirmation insensible et arbitraire !
Ensuite, cessez de toujours observer le monde avec vos propres yeux ; il faut oublier le moi, atteindre l’« absence de moi », et contempler le monde avec un cœur sans ego.
Puis, pour véritablement saisir le sens du temps et de l’espace, il faut oublier leur existence physique.
Enfin, éliminez l’opposition entre le subjectif et l’objectif, et affrontez le monde de manière intégrale et intuitive (l’union entre le ciel et l’homme).
On parvient alors à un état d’esprit tel que « les bambous fins attisent le vent » ou « la lumière de la lune se brise dans la forêt ». C’est dans cet état d’esprit que l’on crée des œuvres, leur conférant naturellement la vivacité de l’âme et la grâce dynamique, où « réside la véritable signification ».
Pour atteindre cet état d’esprit sans pensée préconçue de « l’observation des choses par les choses elles-mêmes », la seule méthode est l’intuition, de faire face directement aux choses elles-mêmes. Sans concepts ni expériences, sans pensées et théories diverses d’aucune époque ni de quelque pays que ce soit, sans jugements de « ce qui doit être » ou « ce qui ne doit pas être », sans aucune utilitarisme, sans joie, colère, chagrin ou bonheur, sans distinction entre le bien et le mal, sans temps qui s’étire et s’écoule, sans influence du langage, sans aucune attachement... Concentrez-vous, calmez votre esprit, contemplez intuitivement le monde, percevez et saisissez la réalité du moment présent, et enregistrez cette compréhension « si proche et si lointaine » avec votre pinceau. Cette compréhension approche de la vérité ; elle est souvent brute, mais intégrale.
Bien sûr, pour parvenir à un tel niveau, il faut s’exercer constamment à l’intuition au quotidien, et rejeter la puissante pensée logique, causale et rationnelle. Avec le temps, on s’approchera miraculeusement et infiniment de ce niveau le plus sublime.