Chronique · Le noir
Naissance d’un « noir »
一块“黑”的诞生
Ici, les taches noires proviennent de la copie du Classique des mille caractères en cursive petite de Huai Su, calligraphe de la dynastie Tang. J’écris couche après couche avec de l’encre claire, jusqu’à obtenir le degré de noirceur requis par la composition.
Tout a commencé par hasard. J’ai l’habitude de copier intégralement ce texte de Huai Su une fois par semaine. Pendant la période du COVID, un jour je me suis retrouvé à court de papier Mao Bian – le papier ordinaire destiné à l’exercice calligraphique. À cette époque, les approvisionnements étaient difficiles, et j’ai été angoissé plusieurs jours. Finalement, j’ai décidé de m’exercer sur du papier de riz, plus précieux. Pour l’économiser, j’ai utilisé de l’encre claire, superposant les tracés, écrivant recto verso, de haut en bas, de gauche à droite, même à l’envers, jusqu’à ce qu’une feuille blanche devienne entièrement noire.
Plus tard, par une autre coïncidence, j’avais besoin de taches noires dans une œuvre. J’ai alors tenté l’expérience : copier le Classique des mille caractères en encre claire, à plusieurs reprises, pour former des zones noires. Sur une seule tache de taille modeste, j’ai fini par recopier l’intégralité du texte.
Étrange comme cela fonctionnait à merveille : d’une part, je m’exerçais à la calligraphie ; d’autre part, je créais les noirs dont mes tableaux avaient besoin. Le plus extraordinaire, c’est que ce « noir » dégage une texture particulière. Au toucher léger, on sent une granulosité en relief. Et bien que j’aie écrit une multitude de caractères, aucune trace de l’écriture n’est visible. Cela élève la démarche au niveau philosophique : l’art atteint la hauteur de l’« inutilité ». C’est fascinant.
Après avoir découvert cette magie du noir, j’en ai d’abord fait un usage abondant dans mes œuvres, allant jusqu’à ajouter des taches noires sur des tableaux déjà terminés, gâchant parfois la composition. Peu à peu, j’ai retrouvé ma raison : toutes les œuvres n’ont pas besoin d’un tel « noir ».