Yi Bai Shuǐmò

Évolution de la création des filets de pêche

渔网创作的变化轨迹

En ce qui concerne l’évolution de ma série d’œuvres sur les filets de pêche, celle-ci s’observe à deux niveaux : les techniques de création et la mutation des conceptions.

Proportion, Encre sur papier
Proportion PROPORTION 2020 · 140 × 160 cm · Encre sur papier

Les premières œuvres sur les filets comportaient des éléments tels que des bambous, des filets fins, des barques, la surface de l’eau, le ciel nuageux et les reflets de tous ces objets. Le processus technique était le suivant : face à une feuille de papier de riz, je commençais par éclabousser l’encre, la teindre au pinceau, par des points et des frottements, afin de créer le reflet des nuages du ciel sur l’eau. L’encre lavée devait être vivante, riche, généreuse et pleine de sensation d’espace. Ensuite, je traçais des lignes pour dresser les bambous et établir les liens entre eux : plus précisément, je reliais les bambous concernés par des lignes droites à l’endroit où ils plongeaient dans l’eau, et par des courbes naturelles dues à la gravité à leur extrémité supérieure, en répétant ce procédé. Puis je déterminais l’emplacement de la barque et en dessinais la forme par des lignes droites et courbes. Par la suite, je esquissais au trait les contours des reflets des bambous, des surfaces liées et de la barque, puis j’aplaisississais au lavis d’encre claire tous ces reflets, de haut en bas, jusqu’à achèvement. Enfin, je remplissais les surfaces au-dessus de l’eau d’un encre encore plus clair par de simples lignes droites alignées ; après avoir rempli une surface, je changeais de direction pour créer des croisements, en remplissant à nouveau de lignes droites. Des lignes droites parallèles et croisées, serrées et denses, des plaques d’encre clair superposées, une surface d’eau imprégnée de nuages : les lignes et les plaques s’harmonisaient naturellement et se heurtaient pour produire des effets inattendus.

Plus tard, les techniques de création ont connu une évolution marquée : face à une feuille de papier vierge, je n’éclaboussais plus d’encre pour créer l’ambiance aquatique. Je traçais directement des lignes droites pour dessiner les bambous droits et la barque, et des lignes droites ou courbes pour représenter les liens entre les bambous. Pour le traitement des reflets, je renonçais à toutes les plaques d’encre clair en aplat. Autrement dit, je n’utilisais plus ni les lavis ni les éclaboussures d’encre antérieurs : tout était réalisé uniquement par des lignes droites ou courbes. Une œuvre était alors presque entièrement constituée de lignes droites croisées et répétées. La conception des œuvres sur les filets a connu à cette époque un changement évident : en éliminant les plaques d’encre de l’encre lavée traditionnelle, je ne conservais que la ligne la plus pure, créant ainsi une distance avec l’encre lavée classique.

Par la suite, les techniques de création sont restées inchangées, mais j’ai totalement supprimé la barque des éléments picturaux. Je considérais que cet élément entravait les possibilités d’évolution de mes œuvres. Premièrement, la barque n’entretenait aucun lien avec ma vie contemporaine, elle n’existait plus que dans mes souvenirs d’enfance. Deuxièmement, la barque est un symbole culturel puissant, porteur de sens de moyen de transport et de connotations religieuses. C’est un élément essentiel du paysage traditionnel chinois, notamment dans la représentation des paysages du Jiangnan, où elle est considérée comme indispensable. Bien que j’aie repensé sa forme à maintes reprises, la différenciant considérablement de celle de la barque traditionnelle, elle restait une barque : dès qu’elle apparaissait sur la toile, elle ramenait aussitôt l’œuvre dans le langage du paysage classique antique.

Dès le début de ma création des filets de pêche, j’ai eu la volonté claire de rompre avec l’encre lavée traditionnelle. J’ai rejeté les techniques classiques, telles que le pima cun (froissement de chanvre), le fupi cun (froissement de hache) et autres manières de manier le pinceau et l’encre ; j’ai rompu avec le langage du paysage traditionnel, avec

Texture du temps II, Encre sur papier
Texture du temps II Vendu 时间织体-02 2024 · 45 × 69 cm · Encre sur papier

la perspective dispersée où chaque pas offre un nouveau paysage, l’idée de « pouvoir y errer et y habiter », les perspectives de profondeur, de hauteur et de distance planes, ainsi que la quête du foyer spirituel des lettrés antiques. Le paysage traditionnel est d’une grande classicité et d’une profondeur spirituelle exceptionnelle, mais il appartient à l’histoire : il ne me concerne pas, et encore moins ma création. Je peux l’admirer et le révérer au quotidien, mais dès que je passe à la création, je l’abandonne sans hésitation.

Cela fait écho à une phrase du lettré qing Yuan Mei :

« Au repos, l’homme ne peut se passer un instant des Anciens ; lorsqu’il pose son pinceau, il ne doit pas avoir un instant les Anciens en lui. Au quotidien, avoir les Anciens en soi approfondit sa culture ; lorsqu’il peint, se défaire des Anciens permet à son esprit de s’épanouir. »

À ce stade, les œuvres sur les filets ne conservaient plus que des milliers et des milliers de lignes, d’innombrables lignes droites croisées, alignées et superposées à plusieurs reprises, produisant un effet unique. Cela résonne aussi avec une parole des Anciens : « Les peintres des Song réalisaient des œuvres denses, avec mille et dix mille traits, sans qu’aucun ne fût superflu. »

En résumé, la création des filets a évolué depuis un état initial où pinceau et encre coexistaient, vers un style avec pinceau mais sans encre, puis récemment vers une forme avec pinceau, sans encre et sans barque. Quant à ce qu’elle deviendra par la suite ? Je ne le sais pas. Elle ne pourra que se développer naturellement, selon le principe « apprendre en faisant ».

Yi Bai · 16 septembre 2025

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