Yi Bai Shuǐmò

Le processus de création d’une œuvre corporelle

一幅人体创作的过程

Pendant la période du Covid, les sorties étaient fortement restreintes, et faire des croquis en extérieur pour trouver des sources était devenu très compliqué. Avec l’accord de mon épouse, j’ai alors commencé à dessiner des nus féminins. Le corps féminin est véritablement un don du ciel : c’est comme une forme miniature de tout l’univers, à la fois merveilleuse et magnifique. Ses contours sont à la fois nets, flous et parfois même invisibles. Les seins, la taille, le cou, les cheveux, les fesses, les pieds, les mains… tout cela attire intensément mon regard. Je dessinais œuvre après œuvre, animé par une émotion débordante.

À cette époque, j’avais l’impression que le monde entier n’était que lignes et zones de couleur, tout comme le corps féminin. De la même manière que la poésie n’est que mots et expressions, la peinture n’est qu’une combinaison de lignes et de couleurs.

Belle Méprise, Encre sur papier
Belle Méprise 美丽的误会 2024 · 33 × 45 cm · Encre sur papier

Puis vint la création. J’étalais tous mes croquis de nus sur la table, je les regardais rapidement, je réfléchissais vite. Parfois, un trait dans l’un des nus me captivait particulièrement : je l’extrais alors pour l’intégrer dans ma nouvelle création. Souvent, tout commence par un seul trait, puis un deuxième, un troisième, une forme, puis une autre apparaissent sur la toile. Quand des tensions surgissent, je les résous ; quand l’harmonie est trop parfaite, je crée un peu d’opposition. Je sais parfaitement d’où vient ce trait, mais je me dis aussitôt que ce n’est désormais qu’un simple trait sur la toile.

Une fois les lignes et les formes présentes sur la toile, il fallait décider : où placer les zones de couleur noire? Où entrelacer des lignes droites parallèles? Tout cela dépend de l’intuition : la première impression est la bonne réponse. Je me lance directement dans le tracé des lignes droites croisées et des aplats de noir. Ce processus est répétitif, mais aussi un instant de calme et de plaisir. De temps en temps, l’image de mon épouse me revient à l’esprit, comme si je touchais sa peau.

Ce processus de création est fascinant. Le sujet est mon épouse, que je côtoie chaque jour, que je connais extrêmement bien, et pourtant son corps me reste un peu étranger. Ajoutons à cela ma conception très affirmée de l’importance des lignes et des couleurs à cette époque. Cette œuvre est imprégnée d’un mélange étrange d’amour et de désir sensuel ; les lignes et les aplats de noir sont l’expression naturelle de ces émotions, quelque chose de très particulier, différent de peindre un paysage ou un autre corps féminin.

Quant à savoir si l’œuvre est abstraite ou semi-abstraite, je n’y ai pas réfléchi. Je pense que tant que l’expression est authentique, l’œuvre existe en soi.

J’ai toujours pensé que le corps féminin est le plus beau don que Dieu ait fait à la Terre. C’est même l’essence concentrée de tout l’univers mystérieux, infiniment proche de la vérité. Ceci est bien entendu mon point de vue d’artiste. Observez : les caractéristiques du relief terrestre correspondent de manière étonnante à celles du corps féminin – les plaines correspondent au ventre, les montagnes aux seins, les plateaux au dos, les collines aux bras, les rivières aux membres, les cascades aux parties intimes, les arbres aux cheveux… c’est un ensemble parfait et sans défaut. Quant à ce qu’en pensent les scientifiques? Cela ne me regarde pas.

Yi Bai · 16 septembre 2025

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