Chronique · Le noir
Genèse d’un paysage « noir »
一幅“黑”风景作品的创作始末
Dans un petit comté du centre du Hunan, la terre natale de ma femme, les montagnes sont vertes et les eaux claires, tout y est naturel et serein. La maison de ma femme se trouve sur une petite colline appelée « Paishang », entourée de montagnes aux formes irrégulières. Des rizières en terrasses s’étendent devant et derrière la demeure ; les arbres sont touffus et verts toute l’année, les bambous fins dansent au vent, les feuilles de bananier bruissent doucement, les mauvaises herbes poussent à foison, on entend les coqs chanter et les chiens aboyer. Un petit ruisseau serpente et murmure sans cesse en bas à droite de la maison ; surtout la nuit, son bruit résonne clairement dans les oreilles. L’air y est pur, les mœurs simples et les habitants droits et francs. C’est une terre que j’aime profondément : on peut y vivre, y boire et manger, y peindre, y méditer…
Après avoir mis au point ma technique des taches « noires », j’ai décidé de l’expérimenter dans la création. Les montagnes et les eaux du pays natal de ma femme ont été mon premier choix de sujet. J’ai pris mon carnet de croquis, mon crayon, ma gomme et je suis parti à la rencontre de la nature. J’ai choisi un détail de la montagne d’en face et j’ai progressivement dessiné les zones « noires » du motif : ce fut un exercice de peinture sur nature particulièrement exigeant. D’abord, il fallait se défaire des idées préconçues sur les montagnes, les arbres et les ombres ; ensuite, lutter constamment et violemment contre mes habitudes anciennes de dessin sur nature ; enfin, un petit format comme celui-ci, autrefois, n’aurait pas pris plus d’une demi-heure pour être achevé avec aisance. Mais là, il fallait faire preuve de patience, dessiner lentement, corriger doucement, affiner progressivement, avec une précision absolue. J’ai mis trois heures entières pour terminer ce croquis.
De retour à Nankin, j’ai numérisé ce dessin, l’ai fait agrandir et imprimer à l’échelle identique. Puis j’ai posé dessus une feuille de papier de riz chanyi (aussi fin que l’aile d’une cigale), j’en ai reproduit les contours au crayon. Ensuite, j’ai appliqué au pinceau des lavis uniformes d’encre claire sur chaque surface, pour finir par superposer, à plusieurs reprises, recto verso, des passages du Classique des mille caractères en cursive petite de Huai Su, calligraphe tang, jusqu’à ce que j’obtienne le degré de « noirceur » que je recherchais. Ainsi ce paysage « noir » était achevé.
Le terme « abstrait » recouvre de nombreuses définitions dans les ouvrages de référence. Ma compréhension en est très simple : je vais droit au sens même du mot, c’est-à-dire extraire ce que je juge essentiel dans un sujet. Bien que l’œuvre s’inspire d’un paysage réel, elle ne garde aucune trace de figuration. Dans ma création, je ne retiens que les taches « noires » du paysage, sans me soucier des formes concrètes des montagnes, des rochers, des arbres, de l’herbe ou des ombres. Ainsi, le tableau ne comporte que des taches « noires », et c’est ainsi qu’il entre en relation avec l’« abstraction ». De plus, l’ensemble ne présente que des zones de « noir » et de « blanc », avec un contraste marqué.
Le processus d’écriture calligraphique qui forme ces taches noires reste invisible au public ; celui-ci ne perçoit que les zones noires. Cela correspond parfaitement à ma conception créative : absence de sens, inutilité, dénuement de toute finalité utilitaire.
Quelles perspectives pour la création de ce type d’œuvres ? Ma réponse : laisser les choses suivre leur cours naturel.