Yi Bai Shuǐmò

Expérience sur l’application des zones de « noir » dans le dessin d’après nature

把“黑”色块运用到写生中去的实验

Observer et dessiner la nature est une pratique de la pensée artistique. Cela exige une observation fine et précise, ainsi que le courage de rejeter le superflu et les habitudes acquises.

Tout d’abord, je me concentre intensément sur les zones de noir de toutes tailles et formes présentes dans le sujet. Qu’il s’agisse de rochers, de terre, de végétation ou de jeux d’ombre et de lumière, pourvu qu’elles soient suffisamment noires, elles deviennent ma cible. Le reste, aussi magnifique et fascinant qu’il puisse être, reste invisible à mes yeux. Car il n’atteint pas le degré de « noir » que je recherche. Ensuite, en peignant, j’abandonne toutes mes habitudes anciennes. Je ne fais que consigner avec précision ces zones de noir, sans esprit de distinction, sans objet concret. Quel arbre? Quelle pierre? Quelle maison? Quel sentier? Quel bœuf ou quelle brebis? Peu importe ce que ces éléments sont dans la réalité. Ce qui compte, c’est qu’ils soient suffisamment « noirs » : seul ce noir a le droit d’apparaître sur mon papier. Au début, cela me gênait beaucoup. J’avais sans cesse envie de dessiner l’arbre dans son entier, la pierre dans sa totalité… Mais aussitôt je réprimais cette pensée, me répétant intérieurement : « Seulement le noir, seulement le noir ! »

Paysage noir, Encre sur papier
Paysage noir 黑风景 2025 · 50 × 50 cm · Encre sur papier

Après trois heures de lutte intérieure, j’ai enfin terminé cette œuvre. J’allume une cigarette, je la aspire profondément et je laisse la fumée s’échapper lentement. Mon regard se fixe sur le tableau : rien que des taches et des zones de noir, dispersées et libres. Je me sens détendu et fier.

La découverte de la zone de « noir » marque une étape essentielle dans mon parcours pictural, le premier pas vers l’abstraction. Cette idée puise ses racines dans le bouddhisme : « Tous les êtres sont égaux » et « Ne pas s’attacher aux apparences ». Quel que soit le sujet dessiné, aussi beau et pictural qu’il soit, s’il n’est pas assez noir, il n’a pas sa place dans mon tableau. Inversement, aussi laid et ingrat qu’il paraisse, s’il est suffisamment noir, il devient l’invité d’honneur de ma peinture. Voilà ce que j’entends par « tous les êtres sont égaux ». Quant à « ne pas s’attacher aux apparences », peu m’importe que le sujet soit un arbre, une pierre, une maison, un homme, un bœuf, une brebis, une montagne lointaine, une eau proche, un nuage blanc ou un ciel bleu… Je ne peins pas un objet concret. Je peins ce dont j’ai besoin. Face à n’importe quel paysage, je ne retiens que les zones de noir ; le reste disparaît miraculeusement.

Par exemple, si j’observe une personne : ses cheveux sont noirs, ses yeux noirs, l’ombre des narines noire, sa ceinture noire, son pantalon noir. Son haut est gris pâle, ses chaussures jaune clair, ses bras et ses mains teints chair. Alors je ne dessine que les parties noires. Le reste disparaît tout seul. N’est-ce pas fascinant?

Yi Bai · 13 septembre 2025

Voir les œuvres dont il est question

Le catalogue